Mollières

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    La guerre de 1939-45, la destruction du village, les derniers habitants

Deux moments ont particulièrement marqué – et durement - la vie des Molliérois durant la Deuxième Guerre Mondiale : juin 1940 et septembre 1944. C’est essentiellement de ces deux événements que nous allons parler, en les remettant autant que possible dans le contexte plus général de la guerre.

Le 10 juin 1940, l'Italie de Mussolini entre en guerre et commence à envahir le sud de la France. Tout va changer pour Mollières et ses habitants, en raison de sa situation très particulière, dans une zone frontalière fortifiée et militarisée.



Mollières en première ligne

Rappelons que le vallon de Mollières était un poste avancé du dispositif de défense italienne : encore aujourd'hui on peut le voir à la ligne de fortins impressionnants sur la crête qui sépare le vallon de Mollières et le vallon de Chastillon (Isola 2000), depuis la Valette jusqu'à la Mercière principalement. En avant de cette ligne de fortifications, de l'autre côté du village de Mollières, sur les crêtes qui dominent le vallon de Mollières en aval, donc la Tinée et Valdeblore, c'est-à-dire la France, à l’époque, des patrouilles de surveillance en poste avancé faisaient le guet dans de simples tranchées que l'on peut encore voir aujourd'hui sur ce point de vue incomparable. Les fortins de la ligne de la Mercière étaient ravitaillés de la même manière qu'ils ont été construits, par l'arrière, par le col de la Lombarde.

Du reste, le vallon de Mollières était un lieu de manoeuvres militaires habituel durant toutes les années qui ont précédé la guerre (mais même antérieurement déjà à la première guerre mondiale) : les troupes de chasseurs alpins venaient faire leurs manoeuvres dans cette zone de front et établissaient leur campement de l'autre côté de la rivière, au plat, juste en face du village. Dans les années 1930, les cuisines du campement étaient établies sur la place du village sous la fontaine, où le cuisinier préparait d'énormes chaudrons de pâte Agnesi, des macaronis en forme de simples tubes (« lous tubous », disaient les villageois), ainsi que de gros chaudron de sauce tomate concentrée dans laquelle les cuisiniers coupaient de grandes quantités de lard, sous l'oeil gourmand des enfants !

Mais ces manoeuvres militaires faisaient aussi le bonheur de certains Molliérois qui pratiquaient la contrebande de denrées particulièrement recherchées parce que rares ou chères en Italie mais que les Molliérois pouvaient se procurer facilement en France du fait de leur statut de zone franche : du chocolat noir introuvable en Italie, du tabac moins cher en France, et surtout des briquets qui étaient taxés en Italie (ils portaient un sceau métallique apposé sur tous les briquets). On se passait le mot dans les casernes et tous les soldats qui venaient à Mollières en manoeuvre étaient parfaitement au courant de ce petit commerce et il était une tradition de revenir de Mollières avec un briquet non taxé. L'armée se fournissait aussi auprès des villageois, par exemple en lait et en foin pour leurs mulets. Avant la guerre de 1914-18, il y avait même à Mollières un responsable officiel pour la fourniture de l'armée en foin, paille et farine (c'était Francesco GIUGE, le père de Celestino).




1940 : Mussolini déclare la guerre à la France

Voici donc le décor militaire campé, avec ce village en avant-poste, au pied d'une ligne de fortifications. Le contrecoup de l'entrée en guerre de Mussolini du 10 juin fut immédiat à Mollières. Quelques jours auparavant déjà, alors que les dés étaient jetés, on avait prévenu les Molliérois par la voix officielle des carabiniers, par téléphone, qu'ils devaient se tenir prêts pour l'évacuation. Ce devait être une évacuation rapide et légère, sans quasiment rien emporter. De fait, le 10 juin 40, au matin, le jour même de l'entrée en guerre de l'Italie, c'est la panique dans le village : l'information arrivée par téléphone chez les carabiniers parcourt le village et la population entière se met en route en même temps à pied, avec les enfants, les vieillards, et tous les animaux, mules, bœufs, vaches, chiens, troupeaux de moutons, formant ainsi une immense colonne qui se dirigeait, selon l'itinéraire imposé par les autorités, en direction du col Salèzes, puis du col de Fremamorte, descendant ensuite vers les Terme di Valdieri.

Seuls restèrent au village les carabiniers et les fascistes, ainsi que trois hommes seuls qui devaient les habitations, comme les autorités l'avaient du reste exigé (ces trois hommes désignés étaient : « Pinou », « Callistou » et « Tétou » Graglia). Cette équipée a marqué de façon indélébile tous les Molliérois qui eurent à la subir, avec son caractère impressionnant d'un village abandonné, d'une population paniquée formant une grande colonne, tout leur bétail avec eux, n'ayant pu emporter strictement aucun bagage, aucun effet personnel, aucun meuble ni ustensile, pour une route interminable, et devant franchir un col encore complètement pris par la neige à cette époque de l'année : car il faut bien savoir que le 10 juin, tout le secteur du col Salèzes et du col de Fremamorte, qui sont bien au-dessus de 2500 m, est totalement enneigé, et de même le vallon qui descend vers les Terme di Valdieri.

Ainsi un souvenir intense qui nous a été rapporté récemment par un Molliérois qui avait quatorze ans à ce moment-là et qui n'a jamais pu oublier ces images : en montant vers le col de Fremamorte, il revoit encore aujourd’hui cette immense colonne des Molliérois avec leurs bêtes sillonner la montagne dans la neige en suivant l'étroite piste que l'armée avait tracée ; puis la panique soudaine lorsque, derrière le col de Fremamorte, la colonne des Molliérois voit venir en sens contraire dans cette tranchée dans la neige où l'on ne pouvait passer qu'à la queue leu leu, un bataillon de chasseurs alpins qui descendait vers Mollières : les responsables villageois vont parlementer avec l'officier italien, puis celui-ci lance à ses soldats cet ordre : « Lasciate il passagio ai profughi !», « Laissez le passage aux réfugiés ! » Ces mots semblent résonner encore dans les oreilles de l'homme qui nous le raconte et il revoit ces images : la colonne de soldats recule dans la neige, se mettant de côté, ainsi que leurs mulets, avec de la neige jusqu'en haut des cuisses, et laissent la voie libre aux Molliérois qui défilent lentement devant eux.

Les Molliérois n'étaient pas au bout de leurs peines, car la descente vers les Terme di Valdieri est longue et pénible. De plus, ils eurent à essuyer une forte averse peu après le col de Fremamorte, si bien qu'ils étaient trempés, mais ils durent continuer ainsi. L'homme qui nous raconte ce souvenir se rappelle que le soir en arrivant aux Terme di Valdieri, son pantalon était complètement sec ! Là ils étaient attendus, les autorités avaient tout organisé : les Molliérois furent hébergés dans une caserne, dans une grande salle où l'on avait mis des paillasses pour dormir et préparé une soupe.

Les Molliérois demeurèrent dans cette la caserne un ou deux jours, le temps d'organiser leur installation ailleurs. Les autorités avaient convoqué des marchands de bestiaux à qui les Molliérois durent vendre toutes leurs bêtes pour avoir un peu d'argent frais : naturellement les marchands leur imposèrent leur prix. Quelques hommes du village, par la suite, une fois de retour chez eux, adressèrent une réclamation à la commune de Valdieri sur les conditions inéquitables de cette transaction, mais leur démarche n'eut apparemment pas de suite. Certains conservèrent une mule et une vache, animaux particulièrement indispensables. Chacun chercha alors une maison à louer : certains trouvèrent à Valdieri, aidés parfois par des connaissances qu'ils y avaient, d'autres à Entraque, et ceux qui n'avaient rien trouvé furent emmenés en camion jusqu’à Asti.

Trois semaines plus tard, l'armistice était signé avec la France, à Rethonde, le 22 juin 40, et les Molliérois purent regagner leur village, les uns après les autres, par leurs propres moyens. Du point de vue des cultures, c'était un moment creux, tout avait été semé, ils purent même constater avec soulagement que le blé, le fourrage, les pommes de terre avaient bien poussé durant leur absence. Mais ils n'avaient plus d'animaux, et c'était là une perte considérable. À la fin de l'été, ils allèrent racheter quelques bêtes à la foire de Demonte pour commencer peu à peu à reconstituer leur troupeau, ce qui prit plusieurs années : or, lorsque leurs troupeaux furent tout à fait reformés, une autre catastrophe vint les anéantir, de manière définitive cette fois, ce fut le grand incendie de septembre 1944, que nous nous évoquerons en son temps.




Mollières totalement enclavé

Comment se passèrent pour les Molliérois les quatre années de guerre qui restaient ? Il n’y eut plus d'hostilités naturellement jusqu'au grand incendie de septembre 1944, puisque la France proche était hors jeu. Cependant, la frontière entre la France et l'Italie devint imperméable : la porosité liée au statut de zone franche disparut, ce qui bouleversa profondément le mode de vie et les échanges que les Molliérois avait l'habitude de pratiquer quotidiennement depuis des décennies avec la vallée de la Tinée, principalement Saint-Sauveur, qui était comme le poumon de Mollières, où les Molliérois effectuaient leurs achats et toutes leurs ventes, sans oublier la poste qui arrivait d’Italie par Saint-Sauveur, via Nice, via Vintimille.

À partir de ce moment, la vie fut plus difficile pour les Molliérois, qui durent tout acheter en Italie, mais avec des montagnes à franchir, et l'impossibilité d'y aller durant toute la mauvaise saison à cause de la neige. À ce moment-là, il fallait passer commande en Italie pour l'hiver, prévoir des provisions pour six mois, comme les carabiniers : un camion de l'armée acheminait les marchandises, dans l'automne, jusqu'au col de la Lombarde, et les Molliérois devaient aller les chercher avec leur mule, leur mulet ou leur âne. Cette livraison concernait leurs besoins en denrées qu'ils ne pouvaient produire eux-mêmes (farine blanche, huile, sucre, sel, polenta, pâtes industrielles…).

Ce furent des années de plus grande autarcie, car avec Saint-Sauveur, dans la période ayant précédé la guerre, les échanges avaient pris une grande ampleur, et les Molliérois avaient pu gagner une certaine aisance en y vendant bien des denrées : agneaux, veaux, pommes de terre, bois... De la même manière, la poste dut passer par le col de la Lombarde, ce qui rendit son acheminement moins commode et moins fréquent, particulièrement durant les longs mois d'hiver, où cet accès est difficilement praticable.

Pour le reste, les Molliérois reconnaissent volontiers que leur vie durant ces années de guerre ne leur fut pas pénible comme ils savaient qu’elle l’avait été dans les villes ou dans les bourgs, et ce en raison de ce mode de vie autarcique qui leur apportait, comme précédemment, blé, pommes de terre, produits laitiers et même un peu de viande, alors que la population italienne, on le sait, ne mangea pas toujours à sa faim, tout comme en France.

Mais le dénouement de la guerre ne fut pas aussi « léger » !
Il nous reste à présent à évoquer la destruction du village par l'incendie du 7 septembre 1944 et l'exode catastrophique qui s’ensuivit.




Exit Mussolini, l'armée allemande occupe le terrain

Rappelons, pour y situer les événements survenus à Mollières, quelques faits plus larges de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. En juillet 1943, le débarquement anglo-américain en Sicile entraîne la chute de Mussolini, contraint à démissionner le 24 juillet, et Victor-Emmanuel III charge le maréchal Badoglio de constituer un nouveau gouvernement. La situation militaire des armées du "Duce" est catastrophique depuis le débarquement allié en Sicile : Rome est pilonnée régulièrement et la colère gronde dans tout le pays. Mussolini qui ne cesse de prôner un rapprochement plus étroit avec Hitler est arrêté le 25 juillet, et Badoglio signe l’armistice avec les forces alliées le 3 septembre et, dans le même temps, déclare la guerre à l’ancien allié, l’Allemagne. Hitler déclenche aussitôt l’invasion du pays et fait libérer Mussolini par une opération de commando menée par l’officier nazi Otto Skorzeny : Mussolini se réfugie alors dans le Nord, où il fonde la République de Salò, appelée « République Sociale italienne », revendiquant Rome comme seule capitale, et bien évidemment entièrement à la botte d’Hitler. Quant au roi et à Badoglio, ils fuiront au Sud du pays, zone encore occupée par les Alliés. Dès lors, l’Italie n’est plus qu’un territoire déchiré entre les troupes des Alliés et celles des Allemands.

Occupation, Résistance, débâcle fasciste et nazie, Mollières s’est tout compte fait trouvée au cœur de ces grands épisodes de la guerre.

Au sud de la France, les accords d’occupation de juin 1940 octroyaient à l’Italie le contrôle des départements frontaliers, plus précisément tous les territoires à l’Est du Rhône, même si elle n’a pas été systématique partout : dans les Alpes-Maritimes, cette occupation italienne n’a été effective qu’après le 11 novembre 1942. C’est avec la débâcle du régime mussolinien de l’été 1943 que des quantités de soldats italiens basés dans les villes côtières françaises, notamment à Fréjus, se mirent à déserter et à rentrer au pays : ils remontaient alors souvent les vallées, franchissaient les cols pour rentrer chez eux. C’est ainsi qu’à Mollières, cet été 43 vit passer un défilé permanent de ces déserteurs qui arrivaient en général de Valdeblore par le col Ferrière, par groupes de cinq, dix, voire davantage, affamés surtout, très affamés, cela avait frappé les Molliérois à qui ils demandaient de la nourriture qu’ils leur payaient car ils ne manquaient pas d’argent. Puis ils repartaient pour franchir la Lombarde en direction de Vinadio ou de Valdieri, étant originaires de ces villages et de villages voisins, mais les Allemands finirent par se poster à Vinadio pour les y intercepter.

Il y eut aussi la Résistance. La Résistance française qui s’est peu à peu organisée dans les Alpes-Maritimes à partir du milieu de l’année 1941, puis 1942, avant l’invasion italienne de novembre 1942, faisant suite au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, se concentre principalement dans le sud du département. C’est surtout en 1943 et 1944 que des mouvements s’implantent dans les différentes vallées, notamment le Var, le Cians ou la Vésubie (on se reportera pour plus d’approfondissement sur les questions de la Résistance dans les Alpes-Maritimes aux ouvrages de Monsieur Joseph GIRARD). A la veille du débarquement en Provence le 15 août 1944, les F.F.I contrôlent un territoire compris grosso modo entre les vallées du Var et de la Tinée, et touchant au nord au territoire italien, et notamment au Col de la Lombarde. Du côté italien également, une Résistance s’est plus particulièrement développée à partir de la chute de Mussolini en 1943, à Rome, dans le centre et dans le nord montagneux.




Les flammes du 7 septembre 1944

Revenons à présent aux événements tels qu'ils furent vécus à Mollières. Les armées italiennes étant défaites, le nord de l'Italie étant occupé par les troupes allemandes, le sud par les troupes américaines, tous les soldats de l'ex-armée italienne basée en France cherchèrent à rejoindre leur foyer, mais pouvant être considérés comme déserteurs et arrêtés par les Allemands, ses soldats durent prendre les chemins détournés, éviter les routes et les villes, suivre les petites vallées de montagne : et c'est ainsi que Mollières devint pendant l'été 44 à un point de passage quotidien de ses soldats qui cherchaient à rejoindre l'Italie, de retours des bases de Toulon et de la Provence, passés par Valdeblore et le col Ferrière, pour ensuite prendre le col Mercière, puis le col Lombarde afin de rejoindre principalement Vinadio et les villages environnants, ou bien le Drous pour les soldats originaires de Valdieri. Et ils passaient ainsi par Mollières par petits groupes, parfois une dizaine, ils faisaient halte au village et cherchaient à acheter de la nourriture, car ils avaient de l'argent (leur solde), et très faim. Cependant, certains de ces soldats déserteurs de l'armée italienne en débâcle, originaires du sud et même de la Sicile, ne pouvaient rejoindre leur village, car le nord de l'Italie était entièrement occupé par les troupes allemandes qui pouvaient à tout moment les prendre, les enrôler les arrêter ou les tuer. Une poignée de ces soldats avait donc pris refuge dans le vallon de Mollières, un peu plus bas, au hameau de Spras.

Par ailleurs, certains groupes de Partisans italiens s'étaient installés dans les hauteurs de la zone frontalière ; un groupe en particulier occupait, cette année 1944, le vallon de Chastillon (site de l’actuelle station Isola 2000). Et durant l'été 44, ils envoyaient régulièrement quelques hommes cuire leur pain au four de Mollières. Aussi vers la fin de l'été, peut-être dans les derniers jours du mois d'août, les Molliérois eurent déjà la visite de soldats allemands, venus probablement enquêter sur la présence de Partisans au village.

Et le 7 septembre, vers midi, un bataillon surgit dans le village pour l'incendier. L'officier qui le dirigeait se présenta à la porte d'une maison de la place pour annoncer qu'il fallait partir, que le village allait être détruit, que c'était comme cela, que c'était la guerre, « è la guerra », car il s’exprimait en italien... Et l'officier demanda des allumettes ! Puis il dit qu'il fallait emporter vite tout ce que l'on pouvait, de jeter même des affaires par les fenêtres, des matelas, et les soldats allemands, dit-on, aidaient même les habitants à jeter des affaires par leurs fenêtres.

Les soldats allemands s'étaient donc dispersés dans le village et incendiaient les maisons principalement à l'aide de cartouches incendiaires qu'ils projetaient au fusil ou au pistolet sur les toits qui étaient tous en bois de mélèze. Le feu se communiqua aussi d'une maison à l'autre et en peu de temps, le village ne fut plus qu'un ardent brasier que les villageois désespérés pouvaient contempler à quelque distance. Les soldats allemands étaient partis, laissons-le feu faire son oeuvre, si bien qu'au bout de quelques heures, il ne resta que des murs. Le presbytère et le toit de l'église avaient également brûlé. Toutefois, certaines maisons avaient échappé aux flammes, soit que la cartouche n'avait pas réussi à véritablement enflammer leur toit, soit que la propagation de l'incendie les avait épargnées. Ainsi, cinq bâtiments demeurèrent intacts : la scierie, la caserne, la maison de Célestin en face de l'église, celle d’Audino, au-dessus de la place, et celle de Gaspard.

Le lendemain, les mêmes soldats allemands revinrent incendier les hameaux de l’Educh, la Liouma, Spras et Peira Blancha. Pour la plupart, il ne s'agissait que de granges, ce qui nous donne à penser que l'intention des soldats allemands était de supprimer tout abri possible pour les résistants, ou les déserteurs éventuellement.

Les cinq bâtiments du village qui avaient échappé à l'incendie du 7 septembre furent incendiés durant l'hiver de la même année, alors que Mollières était inhabité. Qui fut à l'origine de cet incendie « complémentaire » ? Il n'y eut pas de témoins.



Les Molliérois réfugiés pour la deuxième fois

Revenons au 7 septembre. Le village était quasiment anéanti, seules quelques maisons subsistaient, dans lesquelles les Molliérois s'abritèrent comme ils purent, en attendant de trouver une solution, si elle existait. Cette solution se présenta dans les jours qui suivirent, avec l'arrivée d'une délégation envoyée par Saint-Sauveur-sur-Tinée, qui venait proposer aux Molliérois de les accueillir tous chez eux. N'était-ce pas là l'expression tout à fait digne et humaine de la solide amitié que ces deux villages avaient partagée depuis des temps immémoriaux ? Concrètement, la commune de Saint-Sauveur proposa à tous les Molliérois la carte d'alimentation au même titre que les citoyens français en cette période de pénurie et de rationnement.

À ce moment-là, chaque famille de Mollières chercha à louer un petit logement auprès des habitants de Saint-Sauveur. Cet hébergement provisoire dura plus ou moins selon les familles, car la situation était très précaire, si bien que certaines familles molliéroises partirent s'installer dans d'autres villages avoisinants, Roubion, Roure, Valdeblore, où ils purent trouver du travail et de quoi nourrir leurs bêtes.
Les Molliérois passèrent l'hiver 44-45 ainsi, puis, au mois de mai, avec l'armistice, beaucoup d'entre eux rejoignirent leur village en ruine, parce qu'ils pensaient peut-être pouvoir s'y installer de nouveau, mais surtout, c'était une nouvelle saison agricole qui commençait, et ils y retournaient surtout pour ensemencer et tirer une récolte, ainsi que faire paître leurs troupeaux, faire du fourrage.

Entre-temps encore, la commune de Saint-Sauveur avait fait en sorte d'attribuer aux Molliérois une carte de séjour au titre de population sinistrée, qui leur permettait d'aller et venir en toute légalité d'un village à l'autre du secteur. Ceci apparaît encore une fois comme un beau geste d'amitié, d'humanité, de fidélité au sens du devoir.




Vivre à Mollières aussi longtemps que possible

Au printemps 1945, un certain nombre de familles molliéroises s'installèrent donc au village, se partageant comme ils purent le seul bâtiment demeuré intact et habitable : la caserne. Mais ce fut vraiment une installation de fortune : chaque famille prit une pièce, qui leur servit à la fois de cuisine et de chambre, pour quatre à cinq personnes parfois. Ils semèrent, ils fauchèrent, ils moisonnèrent et récoltèrent, ils y passèrent l'été, l'automne et l'hiver 1945. À la fin de cet hiver, plusieurs familles quittèrent le village pour partir s'installer plus près de la côte, dans des villes où de nombreux Molliérois étaient déjà établis depuis plus ou moins longtemps, car la vie au village leur paraissait désormais vraiment trop précaire.

Puis la Reconstruction eut lieu, en 1948 et 1949, elle dura deux saisons : pour l'anecdote, la première maison à être reconstruite fut celle en face de l'église où les ouvriers habitèrent pendant la durée du chantier. Les familles molliéroises eurent le choix entre la reconstruction de leur maison et de leurs granges ou bien un dédommagement financier. Beaucoup de familles devaient faire face à une nouvelle installation sur la côte, louer une campagne, acheter du bétail, du matériel : du fait de leur très grande précarité, beaucoup préférèrent prendre l'argent. Et c'est ainsi qu'encore aujourd'hui nous pouvons voir de nombreuses ruines dans le village.

À Mollières, le chantier de reconstruction fut l'occasion pour les familles qui y demeuraient de gagner quelque argent dans le transport de matériaux, car il faut signaler que tous les matériaux, le ciment, les tôles de couverture, les portes et les fenêtres, furent acheminés à dos de mule depuis Pont-de-Paule sur le sentier traditionnel. Lorsque la reconstruction fut achevée, les familles demeurant au village pu eurent retrouvé leur maison et reprendre le cours de la vie traditionnelle.

Ces familles qui avaient décidé de rester au village depuis le premier retour à la fin de 44 après l'incendie, étaient au nombre de neuf (en espérant que nous n’en oublions aucune) :

• Callisto RiCHIER et son épouse,
• Maurizio GIUGE (à Tourté, revenu de Valdeblore après la reconstruction), son épouse, un garçon et deux filles,
• Ignace GIUGE, surnommé « Chicoulata », et son fils Joseph, « Jèjou de Chicoulata », qui fut l'un des deux bergers à vivre à Mollières du printemps à l'automne avec leur troupeau de moutons, jusqu'à leur mort, demeurant l'hiver à Valdeblore,
• Joseph GIUGE, surnommé « Chamous », son épouse et son fils André, « Driié », qui fut l'autre berger à finir ses jours à Mollières entouré encore d'une poignée de brebis,
• Barnabé GIUGE et son frère Joseph (« Pinou »), qui ont toujours cohabité, leurs épouses Battistina et Eugenia, et leur fille respective : Maddalena et Anna. D’autres enfants leurs sont venus après la guerre et ces deux familles sont restées très longtemps au village.
• Biagio RICHIER (Blasi en Molliérois, Blaise) et sa sœur,
• Eudino RICHIER, sa sœur Justine et leur mère,
• Benedetto RICHIER, son épouse, leurs deux garçons et leurs deux filles,
• Joseph RICHIER , son épouse, son fils Emilio (Miliou), et deux filles, à Peira Blancha, avant de venir s’installer au lieu-dit Foulcous où ils demeurèrent très longtemps, avant que la mort ne vienne les séparer.

Au total donc, après la destruction du village, dans les années qui suivirent, il y eut encore neuf familles réunissant 31 personnes,pour revenir s'installer et vivre durablement à Mollières ou dans son vallon, ce qui est tout à fait considérable, étant donné que la population du village au moment de l'incendie ne dépassait guère les 80 habitants. Et ces habitants de l'après-guerre menèrent à peu près la même vie qu'auparavant, avec les mêmes moyens, les mêmes rythmes, les mêmes saisons, à ceci près qu'il y manquait le prêtre, l'école, les fêtes, la convivialité villageoise, et bien d'autres choses encore. À tel point que, peu à peu, inexorablement, la plupart de ces dernières familles, malgré leur puissant attachement à leur village, partiront peu à peu les unes après les autres.

Les familles de GIUGE Barnabé et de son frère GIUGE Joseph partirent en 1965, peu après l'ouverture de la piste de Salèzes : il ne resta plus à Mollières qu’André, Joseph et son père, et leurs troupeaux de moutons, car l'élevage demeurera désormais leur activité économique essentielle. Mais, demeurés seuls au village, ils prirent bientôt leurs quartiers d'hiver à Valdeblore.




Un village toujours vivant

On peut donc dire qu'à partir de 1965, avec le départ des familles de Barnabé et de son frère Joseph, le village de Mollières ne fut plus habité l'hiver. Et il en est toujours ainsi, aujourd'hui encore.

Parallèlement à l'abandon quasi total d'un habitat permanent au village, a commencé à s'opérer un retour au village de ceux qui l’avaient quitté à un moment ou à un autre, un retour très lent, très progressif, rendu possible par la création d'une piste carrossable à rebours de la voie naturelle, par le col Salèzes, via la vallée de la Vésubie, en 1964 : paradoxalement c'était cette piste qui avait permis à certains de ses derniers habitants de quitter le village... Cette nouvelle piste ne permit cependant que des retours brefs et épisodiques, car beaucoup de Molliérois n'y avaient plus d'habitation, et tous ne s'y rendaient qu'une journée, une ou deux fois seulement au cours été, car ils étaient tous très pris par leur travail de paysans, et les impératifs immédiats de la vie à assurer ne pouvait sans doute guère laisser de place, à ce moment-là, au village de leurs origines qu'ils portaient certainement tous profondément dans leur coeur.



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