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    Qu'est-ce que le Gavot ? Présentation de ce dialecte occitan, ni Provençal ni Nissart...

La forme du dialecte gavot parlé par les Molliérois diffère sensiblement des formes parlées à Saint-Martin, à Valdeblore, à Saint-Sauveur, Isola ou Roubion : chaque village avait sa propre forme dialectale qui pouvait différer de celle de ses voisins de manière plus ou moins importante, ces variations pouvant concerner certaines parties du vocabulaire, les terminaisons, la conjugaison, l’évolution phonétique de certains sons, etc bref tous les domaines de la langue, mais ces différences doivent être considérées comme minimes, car dans tous les villages de ce secteur des hautes vallées du Comté de Nice, les gens se comprenaient sans difficulté, car on parlait un même dialecte : le Gavot.

Que signifie le terme « gavot » ?

Il règne un certain flou sur l’étymologie de ce nom. Le terme de gavot peut certainement être rapproché de la gavotte, la très fameuse danse, pour laquelle l’étymologie n’a rien de très certain non plus : elle pourrait être originaire de la région des Gaves dans le sud de la France (une gave est une vallée profonde creusée par un torrent dans une roche tendre ; un gave désigne quant à lui un torrent impétueux dans les Pyrénées). D'autres la prétendent originaire de Gap (Gavots : sobriquet désignant les habitants de Gap) Quoi qu'il en soit, le nom a recouvert des réalités très différentes, dans des régions très diverses. On trouve différents « Pays gavots », par exemple sur le plateau du Chablais au-dessus d'Évian, autour d’Oraison, non loin de Gap ou bien dans le haut pays niçois. Ce nom semble plutôt faire référence à une désignation culturelle générale : gavot, de même racine qu'un gave, désigne en général le montagnard, celui d'en haut (et qui parle de la gorge) On pourrait mentionner aussi, pour compléter notre tour d'horizon, le terme provençal « gavouot » qui désigne un goitreux (les goitreux étaient nombreux dans ces régions sans communication avec la mer, et avaient de fréquentes carences en iode).

Qu’est-ce qu’un dialecte ? Un dialecte (du grec dialegomai "parler ensemble") est une forme particulière, variante, d'une même langue qui se distingue des autres dialectes de cette même langue par un certain nombre de particularités lexicales, syntaxiques ou phonétiques, et qui est utilisée par un sous-groupe de l’ensemble, généralement dans une région (un géolecte), tout en restant compréhensible par tous. Toute langue possède des dialectes, sans exception.

Pour définir précisément ce qu’est le gavot, nous publions ici l’intégralité d’une conférence de Monsieur Laurent REVEST, diffusée sur Internet, et qui nous a paru d’une très haute tenue scientifique, sur le lien suivant : http://www.beuil.com/Conference.htm. L’auteur de cette conférence est en effet un spécialiste de la question, puisque sa conférence préparatoire à une thèse de doctorat à l'Université de Nice-Sophia Antipolis (faculté des Lettres de Nice), intitulée « Le dialecte occitan alpin. Aire d'extension et caractéristiques linguistiques » et portant géographiquement sur l'ensemble des départements de dialecte gavot, c'est-à-dire les départements des Alpes du Sud. Nous exprimons ici nos vifs remerciements à Monsieur REVEST qui nous a autorisés à utiliser son travail si éclairant pour pouvoir situer le dialecte molliérois dans sa famille de langues régionales. Voici donc le texte de cette conférence :

Le Gavot, autrement appelé Alpin, Dauphinois, Nosto modo, Viton est l'un des 7 dialectes de la langue d'Oc, les autres étant : l'Auvergnat-Vellave, Gascon-Béarnais, Languedocien-Guyennais, Limousin-Périgourdin, Provençal et Nissart. C'est le plus mal connu, trop souvent confondu ou assimilé au provençal –comme un parler du provençal- ou vers l'est de notre région, confondu avec le niçois –ou vu comme un niçois conservateur-. Il est entouré au nord par les langues suivantes (exclues de cette analyse) : le Francoprovençal (dont le savoyard), et à l'est par le Piémontais et le Ligurien (parler royasque inclus).

Ci-dessous, voici la carte de l'espace dialectal gavot (délimité par les pointillés) dans les régions Provence Alpes Côte d'Azur, Rhône Alpes et, partiellement en Piémont (Italie) et Auvergne.


Dans les Alpes-maritimes, le gavot suit la courbure des montagnes Alpines et descend jusqu'à la mer entre Eze et Menton. Tous les parlers situés dans cet espace (en grisé dans la carte ci-dessous) sont gavots, alors qu'on pourrait penser qu'il ne se parle qu'à la montagne, dans le cadre des vallées de montagne. Ce serait oublier que les Alpes-Maritimes sont un département dont les altitudes s'échelonnent -en moins de 50 Kms à vol d'oiseau- du niveau de la mer à plus de 3 000 mètres . Par exemple au niveau de Peille, les montagnes des Alpes se jettent brusquement dans la mer avec des sommets proches de la mer comme le Mont Agel d'une altitude de 1 109 mètres point culminant du bassin versant monégasque. Aussi bien géographiquement que linguistiquement, cette zone est alpine jusqu'à la mer. Le département porte bien son nom.


A Beuil, l'identité montagnarde est claire. D'ailleurs, nous sommes dans la capitale de l'ancien comté de Beuil. C'est une entité à part du Comté de Nice qui a longtemps gardé son identité entre Tinée et Var, ses spécificités juridiques par le passé et linguistiques jusqu'à aujourd'hui.

Traits de la langue d'Oc, traits spécifiques du gavot, traits du gavot du Comté de Nice :

Contrairement au Niçois ou au Provençal, autres dialectes occitans, le Gavot semble avoir maintenu une forme plus proche du bas latin originel.

1) Sons propres au gavot (cas du gavot de Beuil, « Lo Bulhenc », Lou Bulhenc)
Le premier mot est écrit en orthographe occitane commune (utilisée de Menton à Bordeaux et de Montluçon à Narbonne), le mot entre parenthèses est celui écrit selon la prononciation du français (celle souvent utilisée par Lou Sourgentin par exemple). En gavot toutes les lettres se prononcent.

Perte de –T- et –D- intervocaliques des mots latins, ex. : PASSATA > « passaa » (pa ssaw ) passée (en niçois et provençal c'est « passada » (pa ssa da et pa ssa do)), BASTITA> bastia (bas ti o) bâtie, MATURU > « meir » (mey) mûr (en niçois et provençal c'est « madur »), VITELLU > « veel » (ve el ) veau (niçois et provençal vedeu), CIBATA > « civaa » (ci vaw ) avoine (niçois et provençal « civada ») ; CRUDA > « crua » ( cru o) crue (niçois et provençal « cruda » (cruda et crudo)), SUDOR > « suor » (su ow ) sueur (niçois et provençal « sudor » (sudou(r)), *TROMPEL-A T ORIU « lo trompelaor » (lou troumpe lowr ) scie de bûcheron.

Les verbes terminés en latin par -IDIARE deviennent -iar (-yà), ex. : NITIDIARE > netiar (ne tyà ) nettoyer (en niçois et provençal c'est « netejar » (netedjà)).

C+A et G+A du latin deviennent CHA (tcha) et JA (dja), ex. : « lo chan » (lou tcha) le chien, « lo chat » (lou tchat) le chat, « la charrièra » (lo tcha ryèro ), « lo jarbeiron » (lou djarbey roù ), « la jalina » (lo dja li no), « la bujaa » (lo bu djaw ) lessive, et en liaison avec ceci, -SCA- devient scha, ex. : « los eischalièrs » (louz eysha lyès ) les escaliers, « los eischaudats » (louz eyshow dàs ) les échaudés, « l'eischina » (ey shi no) le dos.
-L final à Beuil reste l (ou devient parfois r), ex. : « aquel » (a quel ) celui, « martel » marteau, « cotel » (coutel) couteau, « el » lui, « jal » (djal) coq, « lo savel » (lou sa vel ) le grès. Il en est de même à Péones et Roubion, en revanche à Entraunes jusqu'à Annot on trouve ensemble trois formes, ex. : le marteau « lo martel » avec –l (lou mar tel ), sans rien « lo martè » (lou mar tè ) et des formes provençales où l devient w (lou mar tèw ).
-L- interne devient r, « l'arba » (l' ar bo) l'aube, « calcar » (calcà) fouler, « chalfar » (tchalfà) chauffer, « qualqu'un » (qual cu ) quelqu'un et aussi le sens de chose (en parlant d'une chose).

-N final a tendance à s'effacer comme dans l'ensemble des parlers gavot (parfois des hésitations), ex. : « la maijon » (lo may djou ) la maison, « lo molin » (lou mou lì ) le moulin, « lo matin » (lou ma tì ) le matin, « lo vesin » (lou ve zì ) le voisin, lo chamin (lou tcha mì ) le chemin.

-SS- devient très souvent sh, ex. : « laisha » ( lay sho) laisse, « faishina » (fay shi no) fagot, « meishonar » (meyshou nà ) moissonner.

A devient (o) à la fin des mots (comme en provençal, mais en niçois c'est a), a peut aussi devenir (o) en début de mots, ex. : « arguelh » (ar gwely et or gwely ) orgelet ou au milieu de mots courts « la » (lo) c'est-à-dire l'article défini féminin la, comme à Bairols, Ilonse ou Roure.

Prononciation très majoritaire « ly » (plutôt qu'à la manière niçoise « y ») du groupe LH, ex. : « familha » (fa mi lyo) famille, « filha » ( fi lyo) fille, « fuelha » (fu e lyo) feuille, « trabalh » (tra baly ) travail.
La finale du latin -TIONEM donne -cion, ex. : « atencion » ou « atencìon » (aten syou ou aten siw ) attention (en niçois (atencioun) et provençal (atencien)).

Comme dans l'est des Pays d'Oc, perte de –S- intervocalique, ex. : « noi » (nouy) noix, « cauva » ( caw vo) chose.

2) Déclinaisons de mots :

a) Article défini :

  singulier   pluriel
  devant consonne devant voyelle  
masculin lo (lou) l'endrech los (lous, louz)
féminin la (la, lo) l'escòla las (las, los, laz)

Les possessifs font de même, « mon » (moun) mon, « ma » (ma, mo) ma, « mos » (mous) mes, « mas » (mas, mos) mes, « tos » (tous) tes, « tas » (tas, tos) tes…

Pour les articles pluriels, les deux formes de bases son « los » (lous) et « las ». Mais, selon le début du mot qui suit, on remarque souvent des variations sous influence du nissart et du provençal : los (lous) peut devenir « loi » (louy), « lui » (luy) et « las » > « lai » (lay), « lei » (ley).
Contraction des articles, exemple : de + le > du en français :

  lo (lou) la los (lous) las (las, los)
de dal, del de la dals (das, daz) das (das, daz)
a al a la als (as, az) as (as, az)

Mêmes variations que pour les articles pluriels.

- Prononciation des pluriels –S à la fin des mots. Si le mot est déjà fini par un –s, redoublement, (n'existe pas en niçois ou provençal).ex. :
« un país » un pays > de « païses » (de pa i zes) des pays,
« un òs » un os > « d'òsses » (d wo sses) des os.

b) Conjugaisons :

Terminaison de la première personne du présent de l'indicatif en –o (ou) (en nissart et provençal c'est en –i).
-G- entre voyelles du latin devient (djé) comme à Ilonse, ex. : « chal que venge » (tchal que ven dje) il faut qu'il vienne, « chal que sige aishì » (tchal que si dje ey shi ) il faut qu'il soit ici.
Emploi fréquent du verbe « estaire » à la place de « estre », ex. : « chal qu' estagen dreches » (tcha qu'esta djen dre ches) il faut que nous restions debout, « es estach » (ez es tatch ) il a été.
Le –r de l'infinitif ne se prononce quasiment plus sauf dans « valer » (valer) valoir, et « voler » (vouler) vouloir attesté par BLINKENBERG. Il se prononce à Péones et beaucoup plus à Roubion comme dans l'ensemble du gavot. Cela n'existe pas en niçois et provençal.
Formes typiquement gavote du verbe « poire » (pou i re) pouvoir (en niçois ou provençal poder (poudé)), « sàuper » ( sow pe) savoir (d'autres formes gavotes donnent sauper, saber ; en niçois ou provençal sau pre), préner ( pre ne) prendre (en niçois c'est « pilhar » (pi yà ) et en provençal c'est « prendre »).
La terminaison de la deuxième personne des conjugaisons des verbes en -ar (-à) se fait en –as (–os) comme en languedocien (c'est –es en niçois ou provençal).

Exemple de manjàr (man djà ), manger, au présent de l'indicatif :

Manjo ( man djou)
Manjas ( man djos) deuxième personne
Manja ( man djo)
Manjam (man djan )
Manjatz (mand jàs )
Manjon ( màn djoun)

3) Lexique, mots à la fois très bien maintenus (proche de la langue des troubadours) et mots originaux propres à l'espace alpin.

L'enfant en bas âge se dit « la mainaa » (la mey naw ), maintenant se dit « eira » ( ey ro), le verbe falloir chaler (tcha lé ), monter « puar » (puà), entendre « audir » (ow dì ). Quelques mots employés uniquement dans la région de Beuil : « morfija » (mourfijo) fourmi (dans les autres zones gavotes c'est plutôt « formija »), « darèn » (da rè ) rien, « solelhaire » (soule lyay re) balcon. On fait la différence entre « maijon » (appartements de vie) et « ostal » (grenier, grange).

On utilise plutôt le terme de « caval » que « chival » pour le cheval et plutôt « chan » que « chin » pour le chien, « pom » (poum) pomme. On hésite entre « òrt » (ouòrt) jardin et « jardin » (djar dì ) jardin.

Le gavot entretient bien les mots de la langue, c'est la cas de « oc » pour dire oui encore utilisé en gavot de Val de Blore, ailleurs aussi « lains » pour dedans, « eishubliar » pour oublier, « chalaa » pour trace dans la neige, « nevar » pour neiger, « ver » pour vrai.

Remarques : toute langue est dialectale, la langue d'Oc (7 dialectes) comme le français (de France, de Belgique, de Suisse, d'Afrique, du Québec, du Canada, etc.) ou l'anglais (US, britannique…). Aussi mes études sur le monégasque et les relations entre monégasque et langue d'Oc dans les Alpes Maritimes.

Références :

- Interview en gavot beuillois avec des habitants de Beuil dans l'année 2004 et 2006
- Ecrits :
Anonyme. “Testament de Beuil”, 1977, in Lou cubersèl que buihe , n°3.
BAYLON Christian [BAILON Crestian], 1965. Description phonologique du parler provençal-alpin de Beuil (A.-M.) , mémoire de D.E.S. juin 1965, Montpellier, 98 p.
BAYLON Christian, [BAILON Cristian], 1967. Patronymie et toponymie de la vallée du Cians (A.-M.) , Thèse de troisième cycle, juin 1967, Université de Montpellier, 565 p.
BAYLON Christian [BAILON Crestian], 1969. “Introduccion a una dialectologia estructuralista d'òc : descripcion fonologica de tres parlars occitans vesins” in Revue des Langues Romanes , tome 78, fascicule 1 n° 1969, Montpellier, pp. 1-28.
BAYLON Christian [BAILON Crestian], 1971. « Les pronoms personnels dans le parler de Beuil : description morphosyntaxique et essai d'interprétation psychosystématique » in Annales de la Faculté des Lettres de Nice , n° 14, 1971 pp. 43-56.
BAYLON Christian [BAILON Crestian], 1974. Les surnoms modernes de la vallée du Cians in Actes du Vème Congrès international de Langue et de Littérature d'Oc et d' é tudes franco-provençale , Nice, Les Belles Lettres, pp. 507-525.
BLINKENBERG Andreas, 1948. Le patois de Beuil. Documents et notes avec un appendice sur le parler de Péone. Acta Jutlandica, Aarhus Universitet, XX, 3, éd. Einar Munksgaard, Kobenhavn, 144 p.
FULCONIS Miquèu (reculhit per), 2000. “Souvenirs de fieros à Buèi” in Lou Sourgentin n° 142, juillet 2000, pp. 26-27


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